Pourquoi le Japon Continue-t-il de Chasser les Baleines ?

Article original de Molly Fosco, publié le 8 octobre 2016 sur le site Seeker.com
Traduction: Raphaëlle Dormieu

Confronté à des revendications internationales, le Japon continue de chasser et de tuer des centaines de baleines chaque année. Pourquoi le fait-il ?
Miyamoto Musashi tuant une baleine géante. Estampe de Utagawa Kuniyoshi (1798-1861)

Malgré une loi de la Cour Internationale de Justice exhortant le Japon à cesser la chasse à la baleine, ils continuent de chasser et de tuer des centaines de baleines chaque année. Le pays prétexte qu’il s’agit de recherches scientifiques, mais les véritables raisons sont bien plus complexes que cela.
La pêche à la baleine a une longue histoire au Japon et était à une époque profondément enracinée dans leur culture. À l’approche du 20e siècle, un chercheur japonais nommé Juro Oka s’est rendu en Europe afin d’apprendre le commerce de la pêche à la baleine. À son retour, il jura que le Japon deviendrait « l’une des plus grandes nations de pêche à la baleine au monde. »
Oka s’avéra avoir raison. Au début des années 1900, le Japon était parmi les premières nations au monde chassant les baleines, avec la Norvège, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Toutefois, dans les années 1930, la surpêche commença à poser problème. Le Royaume-Uni et les États-Unis commencèrent à réguler la pêche, mais le Japon décida d’ignorer ces nouvelles règles.
Il faudra attendre la fin de Seconde Guerre Mondiale, après que le Japon ait souffert de terribles destructions, pour que leur discours commence à changer. En 1951, ils rejoignirent la Commission Baleinière Internationale, dont le but était de réguler la chasse à la baleine au niveau international.
Mais cela n’arrêta pas le Japon pour autant. Bien que la chasse aux baleines à des fins commerciales soit devenue de plus en plus impopulaire au cours de la seconde moitié du 20e siècle, et malgré le moratoire de la Commission Baleinière Internationale de 1986 interdisant la chasse commerciale, le Japon continua à la pratiquer.
La raison pour laquelle ils échappent aux sanctions est une sorte de faille ambigüe dans les régulations sur la chasse à la baleine. La loi internationale stipule que les gouvernements peuvent autoriser la pêche à la baleine à des fins scientifiques. Depuis les années 80, le Japon invoque donc cette raison pour justifier ses pratiques.
Mais pour beaucoup de gens à travers le monde, cette excuse ne passe pas. Précisément car la grande majorité de la viande de baleine continue d’atterrir dans les assiettes à travers le Japon. Un officiel japonais a ouvertement déclaré que la viande de baleine « est considérée comme ayant un très bon goût et un très bon arôme lorsqu’elle est mangée en sashimi ou autre. »
Le Japon insiste non seulement sur le fait que la viande de baleine a bon goût, mais aussi qu’il est légalement tenu de faire usage de la viande des baleines chassées, d’une manière ou d’une autre.
« Le commerce de la viande de baleine – que nous appelons produit dérivé – est dû au fait que la Convention Internationale pour la Règlementation de la Chasse à la Baleine exige spécifiquement que les produits dérivés de la recherche soient transformés. Il s’agit d’une obligation légale, » a déclaré Dan Goodman, conseiller à l’Institut de Recherche sur les Cétacés du Japon, dans un article pour BBC News en 2008.
Pourtant, l’une des choses les plus étranges dans tout cela est que le Japon chasse principalement des baleines de Minke et plutôt en petits nombres, habituellement moins de 1000 par an. Non seulement les baleines de Minke ne sont pas en voie de disparition, mais d’autres pays comme la Norvège et l’Islande les chassent aussi. Ces derniers n’utilisent même pas la recherche scientifique comme excuse et continuent simplement de pratiquer cette chasse en défiant ouvertement la loi internationale. 
Alors pourquoi le Japon est-il le principal pays critiqué pour ses pratiques de chasse à la baleine ? L’une des raisons est que manger de la viande de baleine est important pour certaines personnes, et, bien qu’elle soit consommée en quantités plutôt réduites, elle est toujours consommée au Japon. Mais l’argument selon lequel les baleines ne devraient pas être mangées est culturellement subjectif.
Dans un article de 2001, Setsuo Izumi, qui à l’époque chassait les baleines depuis 37 ans, expliqua au journal The Guardian, « Ce que nous mangeons est différent d’un pays à l’autre. C’est une question de culture. En Australie, ils mangent du kangourou mais je n’ai pas envie d’en manger. »
En Inde, la plupart des gens ne mangent pas de bœuf, les vaches étant considérées comme sacrées par les Hindous, mais en 2012, les américains ont consommé près de 27 kilos de bœuf par habitant. 
Une grande partie du jugement posé sur la chasse à la baleine au Japon provient aussi de l’opacité qu’ils semblent entretenir sur l’ensemble de leurs opérations. Ils continuent d’insister sur le fait qu’ils chassent les baleines à des fins scientifiques, mais en 2015, la Cour Internationale de Justice a jugé que les chasses à la baleine organisées au Japon ne pouvaient raisonnablement pas être considérées comme scientifiques et a ordonné qu’elles prennent fin.
Toutefois, le Japon n’a pas arrêté, et durant la saison de chasse 2015 – 2016, 333 baleines de Minke ont été tuées en Antarctique. 
Alors, si la chasse aux baleines à des fins scientifiques n’est pas vraiment une raison valable, et que le nombre de personnes mangeant réellement de la viande de baleine a chuté de manière significative, pourquoi le Japon continue-t-il de chasser et de tuer les baleines ?
Plus tôt dans l’année, Rupert Wingfield-Hayes de BBC News a discuté avec un membre de haut rang du gouvernement japonais afin de comprendre pourquoi le Japon continue ses pratiques de chasse à la baleine. Sa réponse fut vague mais apporte malgré tout certaines explications.
« La chasse à la baleine en Antarctique ne fait pas partie de la culture japonaise, » déclara-t-il à BBC News. « C’est terrible pour notre image internationale et il n’y a aucune demande commerciale pour cette viande. Je pense que d’ici 10 ans il n’y aura plus de chasse à la baleine, mais il y a derrière tout cela des raisons politiques importantes expliquant pourquoi il est difficile d’arrêter pour l’instant. »
Pour Junko Sakuma, qui a travaillé pour Greenpeace au Japon et s’est intéressé de près à la chasse à la baleine, le gouvernement officiel faisait référence au fait que si la pêche à la baleine cesse au Japon, cela signifiera des licenciements de bureaucrates actuellement en poste, ce qui leur donnerait une mauvaise image.
« Si des bureaucrates perdent leur travail, les représentants du gouvernement se sentiront terriblement honteux, » expliqua-t-elle à BBC News. « Ce qui signifie que la plupart d’entre eux mettront tout en oeuvre pour préserver la section qui gère la chasse à la baleine au sein de leur ministère. Et cela vaut aussi pour les politiciens. Si le problème est directement associé à leur circonscription, ils promettront de rétablir la chasse commerciale à la baleine. C’est une manière de garder leur poste. »
Le refus du Japon d’abandonner complètement la chasse à la baleine pourrait être essentiellement dû à certains officiels du gouvernement soucieux de préserver leur image.

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