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Islande : Observer les cétacés de manière respectueuse

À seulement trois heures d’avion de Paris, l’Islande est devenue une destination de vacances très appréciée et est un vrai paradis pour tous ceux qui souhaitent rencontrer baleines et dauphins à l’état sauvage !

En tant que bénévole pour l’association Orca Guardians Iceland, je ne peux que vous conseiller leur entreprise de whale watching partenaire Láki Tours lors de votre prochain voyage. Située à l’ouest de l’île et en activité depuis 2011, il s’agit de l’unique prestataire de ce genre sur la péninsule de Snæfellsnes. 

Une expérience unique, puisque les cétacés que vous rencontrerez ne seront pas encerclés par d’autres bateaux, vous serez les seuls !

De plus, toute l’équipe est composée de passionnés, notamment de chercheurs travaillant en tant que guides sur les bateaux. 

Durant les sorties, ils ne se contentent pas de fournir aux passagers de précieuses informations sur ces animaux et de répondre à leurs diverses questions. Ils profitent également d’être en mer pour collecter des données sur les différentes espèces par le biais de méthodes non intrusives, principalement la photo-identification permettant la création de catalogues recensant les individus observés dans les eaux islandaises au fil des ans. 

Marie, la présidente de Orca Guardians, a ainsi établi un catalogue des orques, Judith un catalogue recensant les baleines à bosse et Karl a débuté la création d’un catalogue des cachalots de la région. 

La plupart des membres de l’équipe travaillent pour l’entreprise depuis de nombreuses années et cette équipe forme une grande famille.

Les capitaines, eux aussi, connaissent l’océan sur le bout des doigts et sont immensément respectueux des êtres vivants qui y habitent. 

Ils suivent un code de conduite très strict, établi par l’organisme IceWhale dans l’optique de déranger le moins possible les animaux. 

Si les baleines et dauphins s’approchent du bateau, c’est uniquement parce qu’ils le veulent et aucune interaction ne leur est imposée. 

Avec Láki Tours, pas question de les caresser, de les nourrir ou de nager avec eux. Mais si vous avez de la chance lors de votre sortie, vous pourrez admirer une famille d’orques en pleine chasse ou séance de jeu, ou bien encore le spectacle d’une paisible baleine à bosse nageant juste à côté du bateau, sa silhouette clairement visible sous la surface.

La biodiversité de la région est tout bonnement spectaculaire. Selon la saison, vous pourrez y croiser orques, cachalots, baleines à bosse, dauphins, globicéphales, petits rorquals et même la grande baleine bleue ! Et même si la nature en décide autrement et que votre sortie s’achève sans la rencontre tant espérée, vous pourrez revenir tenter votre chance gratuitement et profiter, quoiqu’il en soit, de magnifiques paysages depuis le large.

Autre point fort de l’entreprise pour les personnes ayant des difficultés avec l’anglais : certains guides, comme Joséphine, pourront répondre à vos questions en français et je pourrai le faire également si je suis là (souvent en mars ou avril) !

N’attendez pas et embarquez avec Láki Tours à la rencontre des baleines et dauphins lors de votre prochaine escapade en Islande !

Prochains circuits : du 20/12/2021 au 06/01/2022 – puis à partir du 15/02/2022

Un article de Sandrine Pantel (bénévole pour Orca Guardians Iceland et C'est assez !) 

Crédit photos : ©Sandrine Pantel 

HISTORIQUE ! LA FRANCE INTERDIT LA CAPTIVITÉ DES CÉTACÉS EN DELPHINARIUM

Les delphinariums avaient gagné la bataille du Sénat, nous avons gagné la guerre !

Après un intense combat politique depuis 6 ans, C’est Assez ! est fière et heureuse de vous annoncer la fin des delphinariums en France dans un délai de 5 ans.

La reproduction, les spectacles et le maintien de cétacés en bassin seront INTERDITS dans un délai de 5 ans. 

5 ans pendant lesquels nous espérons ne pas voir d’autres drames liés aux naissances en captivité.

C’est Assez ! mène une lutte sans relâche depuis 6 ans. Notre association est à l’origine du premier groupe de travail en 2015 sur l’évolution de la législation entourant les delphinariums avec les courageuses ex-députés Laurence Abeille et Geneviève Gaillard.

Ce travail avait abouti à un premier arrêté en 2017 actant la fin de la reproduction des cétacés, annulé par le Conseil d’État en janvier 2018.

Dès lors, nous avions rencontré tous les Ministres de la Transition écologique, de M. Hulot à Mme Barbara Pompili. Nous avons réalisé un gros travail de lobbying auprès des politiques qui paye aujourd’hui grâce aux annonces de Mme Pompili en 2020 et à l’engagement et aux convictions des députés Laëtitia Romeiro Dias, Dimitri Houbron, Député du Nord, Loïc Dombreval.

L’action continue car plusieurs paramètres devront être surveillés, notamment l’encadrement des futurs centres de soin et sanctuaires. L’industrie ne baissera pas les bras si facilement.

Mais savourons ce moment historique ! Merci à tous pour votre soutien pendant ces années. Nous avons du mal à réaliser ! Cette victoire, c’est aussi la vôtre qui vous mobilisez contre l’exploitation des cétacés ! Mille mercis.

Note : Précision sur le délai de 5 ans : sans ce délai, nous aurions tout perdu et n'aurions obtenu aucune avancée. Marineland existe depuis 50 ans. Nous avons besoin de ce délai pour préparer l'après-delphinarium


Norvège - La viande de baleine vendue comme nourriture pour chiens

Quelques jours seulement après que 575 petits rorquals aient été abattus durant la saison de chasse 2021, de nouveaux documents révèlent que la viande de baleine est vendue pour nourrir des chiens ou jetée à la mer.

Selon des documents obtenus par 3 ONGs*, « Hopen Fisk », une entreprise basée dans la région nord des Lofoten, a expédié, en août dernier, 6 tonnes de viande de baleine à une entreprise touristique proposant des excursions avec chiens de traîneau au Svalbard. . 

L'Agence norvégienne pour l'environnement a approuvé cet envoi à Green Dog Svalbard et à un mucher à titre individuel. 

La livraison s’est faite par le biais de « Nor Lines », filiale de la société islandaise « Samskip », alors même que cette entreprise s'était engagée en 2013 à ne plus transporter de viande de baleine.

« Les titans de l'industrie baleinière et les chefs de gouvernement norvégiens continuent de perpétuer l’affabulation selon laquelle la demande intérieure de produits baleiniers est en augmentation. En réalité, ces baleines qui ont un rôle essentiel dans l'atténuation de la dégradation du climat, sont utilisées pour nourrir des chiens », a déclaré Susan Millward, directrice du Marine Animal Programme de l’AWI.

Selon un rapport de NRK, la Norwegian Broadcasting Corporation, le mois dernier, le directeur général de « Hopen Fisk » reconnaissait que sa société fournissait de la viande de baleine pour la nourriture pour chiens.

L'article cite des statistiques selon lesquelles seulement un tiers des 600 tonnes de viande de baleine issue de la saison de chasse 2021 a été vendue à des magasins en Norvège.

L'année dernière, 164 tonnes de viande de baleine étaient disponibles à l'achat en Norvège, contre 220 tonnes qui ont été envoyées au Japon, selon NRK.

De plus, les baleiniers norvégiens ont admis que les restes de baleines inutilisées (viande, graisse, os, etc.) étaient rejetés en mer et que c’était une pratique courante.

Une autre entreprise de chasse à la baleine, « Myklebust Hvalprodukter », continue de vendre à la fois de l'huile de baleine et de la viande de baleine crue pour nourrir les chiens sur son site Web

Fin 2016, l'entreprise a demandé l'autorisation des autorités norvégiennes de la Convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore sauvages menacées d'extinction (CITES) pour exporter de la viande de baleine hachée au Danemark pour y être lyophilisée et transformée en nourriture pour animaux, avant d'être emballée et renvoyée en Norvège pour vente commerciale. 

Les autorités norvégiennes ont fait la demande à leurs homologues danois qui ont opposé leur véto à cet envoi prévu car le commerce international des produits issus des baleines de Minke de l'Atlantique du Nord-Est à des fins commerciales est interdit au Danemark.

Jusqu'à récemment, une autre pratique pour renforcer l'industrie baleinière consistait à vendre des produits issus de baleine aux fermes d'élevage d'animaux à fourrure pour les utiliser dans l'alimentation animale.

Ces développements ne sont pas surprenants, étant donné que les récents sondages d'opinion montrent une baisse de la demande des consommateurs pour la viande de baleine en Norvège. Un sondage datant de septembre 2019, commandé par l’AWI, la NOAH et la WDC, a révélé que seulement 2% des Norvégiens mangent souvent de la viande de baleine, contre 4% en  2019. Parmi les femmes interrogées, seulement 1% admettent manger souvent de la viande de baleine, alors qu'aucune personne de moins de 35 ans n'a indiqué qu'elle mangeait de la viande de baleine. 

Depuis début 2019, et selon les statistiques d'exportations norvégiennes, la Norvège a expédié près de 515 tonnes de viande de baleine au Japon et 3,4 tonnes aux îles Féroé, malgré le fait que ces 2 pays continuent de chasser baleines et dauphins.  

Une semaine après le massacre de plus de 1400 dauphins à flancs blancs de l’Atlantique le 12 septembre 2021 dans les îles Féroé, les autorités norvégiennes de la CITES ont approuvé une demande de permis de la compagnie baleinière « Lofothval » (basée au Salmon Center à Bodø) pour expédier 0,86 tonne de viande de petit rorqual vers l' archipel danois.

La  Commission baleinière internationale (CBI) a  imposé un moratoire mondial sur la chasse commerciale à la baleine en 1982, mais la Norvège s'y est formellement opposée et a repris la chasse commerciale 11 ans plus tard. Depuis lors, le pays a tué plus de 14 000 petits rorquals.

« Pendant des années, le gouvernement norvégien a essayé de rentabiliser la chasse à la baleine en accordant des subventions pour la promotion de chasse. Le fait que les petits rorquals finissent comme nourriture pour chiens montre l'échec de cette stratégie et l'absurdité de la situation. Les Norvégiens en général ne veulent pas manger de la viande de baleine et je doute qu'ils soient heureux que des baleines soient tuées pour nourrir les chiens », a déclaré le Dr Siri Martinsen, vétérinaire à la NOAH.

*Les documents ont été obtenus par l'Animal Welfare Institute (AWI ) en collaboration avec NOAH, la plus grande ONG norvégienne de protection des animaux et la WDC

Traduction : C'est assez ! 

Source : Animal Welfare Institute

Crédit photos : 

1 - ©UK Whale

2 - ©AFP 

3 - ©AP photo / Dima Gravysh




« Aucun bassin, aussi grand soit-il, ne pourra offrir des conditions de vie décentes aux dauphins »

Tribune à l'initiative de C'est assez ! publiée dans Le Monde le 19 octobre 2021 

Texte de Christine Grandjean, présidente de l'association C'est assez !, et Julie Labille, bénévole et militante

Une trentaine de scientifiques, éthologues, vétérinaires, naturalistes et spécialistes du monde marin regrettent que la France continue de ne pas interdire la reproduction des cétacés dans les delphinariums.


Le 30 septembre 2021, le Sénat a tranché lors du vote de la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale : la reproduction des cétacés ne sera pas interdite. Une situation au goût amer de déjà-vu lorsque, en 2018, le Conseil d’Etat avait balayé l’arrêté publié par Mme Ségolène Royal, qui avait aussi pour but la fin programmée des delphinariums.

Par la voix de certains scientifiques (qui semblent tous avoir des liens étroits avec les zoos et parcs aquatiques), les delphinariums français persistent à dire que le maintien de cétacés en captivité est acceptable, voire nécessaire. Il semble donc crucial de rappeler certains faits. 
Les règles qui s’appliquent dans les delphinariums et les zoos sont les mêmes.

Or, les delphinariums s’apparentent plus à des cirques qu’à des zoos, puisqu’ils présentent les animaux lors de « représentations » qui nécessitent du dressage souvent lié au chantage à la nourriture. S’il est avéré que, dans certains zoos, les grands mammifères terrestres peuvent vivre plus longtemps que leurs congénères dans la nature, c’est l’inverse pour les cétacés. Ils meurent prématurément, alors qu’ils sont à l’abri des dangers inhérents à la nature et bénéficient de soins constants et d’une nourriture régulière.

La vraie question du bien-être animal

Entre janvier 2015 et janvier 2021, treize cétacés, sur une trentaine d’individus, sont morts dans les bassins à des âges très précoces. Aucun bassin, aussi grand soit-il, ne pourra offrir des conditions de vie décentes aux dauphins : ils vivent en permanence dans une eau chlorée, délétère pour leur santé ; ils ne peuvent s’hydrater naturellement par la nourriture qui leur est offerte. Ces facteurs sont causes de maladies rénales souvent mortelles, malgré les intubations par lesquelles il est tenté d’y remédier. 

La question du bien-être animal se pose et ne se mesure pas à l’aide de quelques critères arbitraires. 
Si leur bien-être est vraiment une priorité pour les parcs, qu’attendent-ils pour les protéger du soleil ? Est-il question de bien-être lorsque Jon Kershaw, responsable animalier du Marineland, déclare dans le journal Libération du 21 mai 2017 : « Les dauphins et les orques sont notre produit d’appel sans eux pas de sauts, sans sauts pas de spectacle, pas de spectacle pas d’argent » ? Comment expliquer toutes ces pathologies et cette mortalité précoce si le bien-être des animaux est réel ?

Les parcs affirment qu’empêcher les cétacés de se reproduire va à l’encontre de leur bien-être, alors que la première des maltraitances est de les maintenir captifs et de les laisser se reproduire sans projet de réintroduction dans la nature. N’est-il pas douloureux pour une mère de faire des fausses couches, d’accoucher de bébés mort-nés, de le perdre peu après la naissance ou d’en être séparée quand le temps est venu de l’envoyer dans un autre bassin ?

Les reproductions doivent cesser

Les parcs pratiquent déjà depuis longtemps la contraception, soit en séparant mâles et femelles (ce qui est fréquent dans la nature), soit à l’aide de médicaments tel le Regumate, qui n’est pas sans risque. La génération vivant actuellement dans ces parcs doit être la dernière. Les reproductions doivent cesser.

En dépit des nombreuses données scientifiques obtenues en milieu naturel, les arguments utilisés par les delphinariums pour les garder captifs sont toujours les mêmes : conservation, éducation et recherche. Quel est le rôle de la conservation quand on sait que les deux espèces détenues en France, l’orque (Orcinus orca) et le grand dauphin (Tursiops truncatus) ne sont pas en danger d’extinction ?

Est-il pédagogique qu’un enfant sorte d’un spectacle en pensant qu’un dauphin est heureux en exécutant des tours en échange de poisson mort ? Il est, en outre, facile d’observer des dauphins le long de nos côtes. De plus en plus d’études en mer nous apprennent des choses passionnantes sur la vie des cétacés. Grâce à la technologie, les scientifiques réalisent des avancées majeures.

La place des cétacés est dans l’océan

A l’aune de ces connaissances actuelles, plusieurs pays dans le monde ont interdit la captivité des cétacés et pris des mesures pour les protéger. 70 % des Français sont opposés à leur captivité, car ils ont tout simplement compris qu’après 34 millions d’années d’évolution (contre 300 000 ans pour Homo sapiens) les cétacés sont parfaitement adaptés à leur environnement et que leur place est dans l’océan.

Nier cette réalité, c’est nier la prise de conscience de nos concitoyens et réduire la démocratie à des oppositions simplistes. 
Notre rapport aux animaux sauvages doit évoluer et les efforts de conservation doivent se concentrer sur la préservation des milieux naturels, et non sur la mise sous cloche de la faune sauvage.

Les signataires de cette tribune sont
Julie Béesau, ingénieure d’étude spécialisée en acoustique des cétacés ; Agnès Benet, océanologue spécialiste des cétacés ; Florence Burgat, philosophe ; Georges Chapouthier, biologiste et philosophe, directeur de recherche émérite au CNRS ; Franck Dhermain, vétérinaire ; Sophie Dol, vétérinaire ; Violaine Dulau, directrice scientifique de Globice Réunion ; Franck Dupraz, vétérinaire et membre du Réseau national d’échouage ; Adrian Fajeau, chargé d’étude sur les baleines à bosse ; Carmelo Fanizza, président de la Jonian Dolphin Conservation ; Hélène Gateau, vétérinaire ; Christophe Giraud, vétérinaire ; Marc Giraud, naturaliste ; Christine Grandjean, présidente de l’association C’est assez ! ; Astrid Guillaume, présidente de la Société française de zoosémiotique ; René Heuzey, réalisateur et producteur de films sous-marins ; Thomas Lepeltier, essayiste, membre associé du Oxford Centre for Animal Ethics ; Emmanuelle Leroy, chercheuse en acoustique des cétacés ; Lori Marino, neuroscientifique, fondatrice et présidente du Whale Sanctuary Project ; Laura Miralles, généticienne spécialiste des cétacés ; Julien Moreau, éco-aventurier ; Catherine Pelletier, documentariste naturaliste ; François-Xavier Pelletier, éthno-cétologue ; Corine Pelluchon, philosophe ; Morgane Perri, biologiste marin ; Ric O’Barry, fondateur et directeur du Ric O’Barry’s Dolphin Project ; Matthieu Ricard, docteur en biologie moléculaire ; Pierre Rigaux, naturaliste ; Flore Samaran, enseignante-chercheuse, spécialiste du suivi des populations de cétacés par acoustique ; Cédric Sueur, maître de conférences en éthologie et éthique (CNRS) ; Maëlle Torterotot, ingénieure de recherche spécialisée en acoustique des cétacés.



Le défi de la réhabilitation des dauphins, après une vie en delphinarium

Un article de Mathilde Gérard et Marina Rafenberg (Athènes, correspondance) paru dans Le Monde le 30 septembre 2021

Des projets de « sanctuaires » en mer sont à l’étude en Europe, mais se heurtent à des lourdeurs administratives. L’enjeu est d’offrir une « retraite » à des dauphins, à défaut de leur faire retrouver une liberté totale. 


C’est un des aspects les plus débattus de la proposition de loi contre les maltraitances animales, votée fin janvier à l’Assemblée nationale, et qui est examinée les 30 septembre et 1er octobre au Sénat : si les spectacles de dauphins et d’orques étaient interdits en France, comme l’avait annoncé en septembre 2020 la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, qu’adviendrait-il des cétacés concernés – soit vingt et un dauphins et quatre orques, répartis entre Marineland à Antibes (Alpes-Maritimes) et Planète sauvage à Port-Saint-Père (Loire-Atlantique) ? 

Tout le monde en convient, après une vie en bassin, nourri par des soigneurs, aucun dauphin ou orque ne saurait retrouver d’emblée la vie en liberté. 

Le sort des dauphins du parc Astérix, qui a annoncé en janvier l’arrêt de ses spectacles et les a renvoyés vers d’autres parcs européens, ne satisfait personne. 

Si pour les delphinariums le manque d’alternatives justifie la poursuite de leur activité, des associations estiment que, au contraire, des programmes de réhabilitation progressive en pleine mer sont possibles. 
Sanctuaire lové dans une baie 

Les quelques expériences menées à ce jour l’ont été principalement avec des animaux nés dans la nature avant d’être capturés, et qui ont gardé des réflexes de leur état de liberté. 

En Indonésie notamment, l’ancien soigneur Ric O’Barry, connu pour avoir dressé les cétacés de la série Flipper le dauphin et désormais militant anti-captivité, a monté un sanctuaire à Bali, qui accueille trois dauphins, dans des espaces clôturés de diverses tailles, où les soigneurs essaient de leur réapprendre à se nourrir par eux-mêmes. Leur espoir est de pouvoir un jour les remettre en liberté, mais le processus reste long et incertain selon les individus. 


Les cétacés présents dans les parcs français, eux, sont tous nés en captivité. 

« Aucun des dauphins en France ne pourrait retrouver les océans librement, assure Christine Grandjean, présidente de l’association C’est assez. Mais dans un sanctuaire marin, ils pourraient retrouver des comportements proches de leur espèce. » 

Pour la militante, un encadrement humain par des soigneurs et vétérinaires reste indispensable pour tout projet de sanctuaire, dont le fonctionnement s’apparenterait à celui d’un parc, mais en pleine mer « et sans spectacle », insiste-t-elle. 

Plusieurs projets sont étudiés en Europe, mais ils se heurtent à de fortes complexités administratives. 

L’initiative la plus avancée est celle de l’île grecque de Lipsi, dans l’archipel du Dodécanèse, qui ambitionne d’accueillir jusqu’à dix dauphins à partir de 2022. 


« Il nous a fallu plus de six ans de recherches pour trouver l’endroit adapté », explique Anastasia Miliou, directrice scientifique de l’ONG grecque Archipelagos. 

C’est dans la baie de Vroulia, au nord-ouest de l’île, que l’institut de conservation marine a jeté son dévolu. Classé Natura 2000, le lieu a été choisi en raison de la température idéale et de la qualité de l’eau, de son isolement (peu de présence humaine, et peu de pollution sonore ou lumineuse). 

Beaucoup de bureaucratie 

Le sanctuaire est protégé des vagues et dispose d’une pente douce offrant une section peu profonde, parfaite pour la rééducation, et des zones allant jusqu’à 40 mètres de profondeur. Pour atteindre la baie de Vroulia, il n’y avait pas de route. Le site n’était pas relié au réseau d’électricité et ne disposait pas de l’eau courante. Des travaux importants ont donc été entrepris il y a plus de deux ans pour créer les infrastructures. 

« Pour l’instant, seul le centre de recherche fonctionne, mais la clinique vétérinaire pourra accueillir bientôt tous les animaux marins blessés de la région et nous espérons pouvoir ouvrir comme refuge début 2022 », précise Anastasia Miliou. Plusieurs obstacles ont entravé le processus. 


« Il n’y avait jusqu’à présent pas de cadre juridique en Europe pour ce type de sanctuaire », souligne la scientifique. La principale difficulté reste notamment d’obtenir l’autorisation de fermer le bras de mer concerné, ce qui est interdit par la loi littorale grecque.

Le ministre adjoint de l’environnement, Giorgos Amyras, explique étudier deux scénarios pour contourner cet obstacle : « Soit désigner la baie de Vroulia comme réserve pour la faune sauvage, soit l’intégrer au régime strict de la protection maritime en raison de sa richesse extrêmement importante. » 

« Il y a malheureusement beaucoup de bureaucratie, mais nous sommes en train d’obtenir les autorisations les unes après les autres », assure le maire de Lipsi, Fotis Maggos, qui se réjouit de l’intérêt pour ce sanctuaire : « Des étudiants, des chercheurs sont venus du monde entier, et même la reine Sofia d’Espagne cet été ! » Le coût de la première phase du programme, pour obtenir les licences et construire la clinique vétérinaire, a été évalué à environ 600 000 euros. 

« Beaucoup de marketing » 

Au sein des delphinariums français, on se montre dubitatif, en rappelant que les cétacés ne sont pas leur propriété, mais celle d’un programme européen qui supervise la reproduction et la répartition des quelque 265 dauphins dans les zoos du continent. 

« Il va falloir décrire très sérieusement les conditions d’hébergement dans ces enclos marins et leur imposer les mêmes exigences que pour les parcs zoologiques », avertit le président de Marineland, Pascal Picot. 

Pour Martin Böye, directeur scientifique de Planète sauvage, « il y a beaucoup de marketing autour de ces projets de sanctuaires, mais quelles données a-t-on sur l’état de santé des animaux placés ? ». 

M. Böye conteste la position des associations, selon lesquelles la vie en mer serait préférable pour ces cétacés. 

« Il y a un présupposé que ces dauphins ne seraient pas bien dans nos structures, poursuit le biologiste. On doit sans arrêt se justifier, mais nos parcs permettent d’étudier le comportement des dauphins, de comprendre leur perception de l’environnement et leur communication. Il y a notamment un enjeu pour éviter qu’à l’état sauvage ils se retrouvent pris dans des filets de pêche et échoués sur nos plages. » 

Mais pour les associations, l’enjeu va au-delà : faire en sorte que la génération actuelle de quelque 3 000 dauphins captifs dans le monde soit la dernière ; qu’ils soient étudiés et observés, mais à bonne distance et sans exercice imposé par l’homme ; et que la plupart de ces mammifères puissent connaître une retraite dans un espace naturel, avec des algues, des poissons, des vagues… 

Photos : 
- Aquarium de Gênes (en Ligurie), en Italie, le 22 mai 2020 Crédit photo : ©Marco Bertorello/AFP 
- Bali Dolphin Sanctuary - ©DolphinProject
- Sanctuaire de Lipsi - ©Archipelagos - Institute of Marine Conservation


Crédit vidéo : ©Archipelagos - Institute of Marine Conservation


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