La tribu Makah franchit une étape importante vers la reprise de la chasse à la baleine au large de Washington

Un juge administratif a recommandé qu’une tribu amérindienne de l’État de Washington soit à nouveau autorisée à chasser les baleines grises – une étape majeure dans leurs efforts de plusieurs décennies pour reprendre cette ancienne pratique.


« C’est un témoignage de ce que nous avons dit toutes ces années : que nous faisons tout notre possible pour montrer que nous avançons de manière responsable », a déclaré vendredi Patrick DePoe, vice-président de la tribu Makah. 
« Nous ne faisons pas cela pour des raisons commerciales. Nous le faisons pour des raisons spirituelles et culturelles. »

DePoe était sur les bancs du lycée, à la fin des années 1990, lorsque les Makah ont été autorisés pour la dernière fois à chasser la baleine, des chasses qui ont suscité la colère de militants pour les droits des animaux.

Depuis lors, les tentatives de la tribu pour reprendre la chasse à la baleine se sont enlisées dans des contestations juridiques et des examens scientifiques. 

Une cour d'appel fédérale statuait en 2002 que les Makah avaient besoin d'une dérogation au titre de la loi sur la protection des mammifères marins ; la tribu en a fait la demande en 2005, mais cette dérogation ne lui a toujours pas été accordée. 


Jeudi, près de deux ans après avoir présidé une audience sur la proposition de la NOAA Fisheries d'approuver la dérogation, le juge administratif George Jordan a publié sa recommandation de 156 pages au ministère américain du Commerce. 

Il a conclu que les chasses tribales n'auraient aucun effet sur la population globale saine des baleines grises, et ce malgré une mortalité inexpliquée qui a provoqué l'échouage de centaines de baleines sur la côte Pacifique depuis 2019, et dont le nombre a chuté de 27000 à 21 000 individus.

Bien qu’aucun calendrier n’ait encore été établi, la recommandation, ainsi qu'une période de consultation publique et une analyse environnementale plus approfondie, éclaireront le ministère pour la décision finale. Telle qu'elle est proposée, la dérogation permettrait à la tribu de chasser jusqu'à 20 baleines grises sur une période de 10 ans, les chasses étant programmées de manière à minimiser les risques, déjà faibles, que les chasseurs harponnent accidentellement un individu de cette espèce menacée.

Bien que le juge Jordan ait trouvé l'émission de la dérogation appropriée, il a également recommandé des restrictions supplémentaires qui pourraient réduire considérablement le nombre de baleines tuées par la tribu - réduisant leur nombre à cinq baleines pouvant être chassées au cours de la période de dérogation de dix ans. 

M. DePoe a déclaré que la tribu étudiait cette recommandation, mais qu'elle la considérait comme une source potentielle de frustration et de discussion. La tribu espère utiliser les baleines pour se nourrir et pour fabriquer des objets d'artisanat, des œuvres d'art et des outils qu'elle pourra vendre.


Les ONGs de protection animale s'opposent à ces chasses, que de nombreux défenseurs des droits des animaux considèrent comme barbares et inutiles. 

Ils affirment que l'évaluation environnementale de la NOAA est inadéquate, que la loi sur la protection des mammifères marins a annulé le droit de la tribu issu du traité de 1855 signé avec les États-Unis, et que la tribu ne peut prétendre à un besoin de subsistance ou culturel de chasser après tant de décennies.

A noter que les Makas ont cessé de chasser volontairement les baleines dans les années 1920 après que la population des baleines grises ait été décimée par la chasse commerciale à la baleine. La tribu cherche à reprendre la chasse depuis que l’espèce a été retirée de la liste fédérale des espèces en voie de disparition en 1994.

DJ Schubert, biologiste spécialiste de la faune sauvage pour l'Animal Welfare Institute, a déclaré par courriel que l’ONG était déçue par cette recommandation :

« Toutes les baleines grises sont confrontées à des menaces anthropiques critiques dues au changement climatique, à la pollution sonore des océans, à l'exploitation pétrolière et gazière, à la pollution chimique, plastique, au développement côtier, aux contaminants, aux prises accessoires et aux collisions avec les navires », a déclaré Mr Schubert. 

« À la lumière de ces menaces graves, la chasse de ces animaux est biologiquement insupportable et incompatible avec les dispositions protectrices de la MMPA. »

« Il reste moins de 300 baleines grises du Pacifique Nord-Ouest », a-t-il poursuivi,  « et les restrictions supplémentaires recommandées n'élimineraient pas complètement tous risques pour elles. »

Traduction : C'est assez ! 

Source : AP News

Crédit photos : 
Photo 1 - Baleine grise tuée en 1999 par la tribu Makah - ©AP 
Photo 2Des baleiniers de Makah débarquant des baleines à Neah Bay, Washington, 1911 - © Getty Images   
Photo 3 - Découpe d'une baleine par les membres de la tribu Makah - ©AP/Elaine Thompson

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