Le changement climatique expose le narval à la pollution au mercure

Dans les eaux du Groenland, le changement climatique expose le narval à la pollution au mercure. Ce phénomène est directement lié à la fonte des glaces et au changement de l’alimentation de ces cétacés. Afin d’évaluer l’impact de cette pollution, des scientifiques ont analysé les défenses de dix de ces licornes de mer.


Sa grande défense est le témoin de la pollution dont il est victime depuis les années 1960. Dans l’océan Arctique, le narval subit l’exposition grandissante au mercure. 

Chez les cétacés, ce métal lourd peut avoir de lourdes conséquences sur les fonctions cognitives, le comportement et la reproduction. Or, au large du Groenland, ce phénomène est accentué par le réchauffement climatique. Dans ces eaux, il est plus rapide que partout ailleurs dans le monde.

La baie de Baffin, principal lieu de vie du narval, y est particulièrement sujette. Située entre la mer du Labrador et l’ouest de la côte groenlandaise, sa surface de la glace de mer diminue de 11,4% chaque décennie depuis 1968. Cette mutation a des conséquences directes sur l’écosystème local. 

« Le réchauffement rapide entraîne une perte de glace de mer précipitée, avec des conséquences sur la distribution, la composition et l’écologie alimentaire des espèces et, par conséquent, l’exposition au mercure d’origine alimentaire », souligne une équipe de chercheurs internationaux, venus du Danemark, du Canada et du Groenland. Leurs travaux font l’objet d’une étude parue dans la revue Current Biology.


  • Du mercure dans les défenses du narval

Pour évaluer leur degré d’exposition au mercure, l’équipe a analysé les défenses de dix narvals mâles. Chacune mesure entre 64 et 251 centimètres. 

« Comme d’autres tissus au métabolisme inerte et en croissance continue, tels que les cheveux, les fanons et les dents, la défense du narval préserve chronologiquement les informations physiologiques au moment de sa croissance », indique l’étude. 

Reliée au corps par le sang, la défense de la licorne de mer renferme dans chacune de ses couches des informations sur sa physiologie et son alimentation. Une nouvelle couche apparaît chaque année, à la manière des cernes du tronc d’arbre. Son analyse permet également de recueillir des données sur le niveau d’exposition de ce cétacé aux polluants d’origine anthropiques.

Après observation, les scientifiques sont parvenus à un constat édifiant. En 50 ans, le réchauffement climatique a provoqué un changement de l’alimentation des narvals. La réduction de l’étendue de la glace de mer en est directement la cause. En effet, jusqu’aux années 1990, le narval pouvait se nourrir essentiellement de poissons de flétan et de morue arctique. Ces espèces propres aux espaces glacés, appelées sympagiques, se sont raréfiées avec la hausse des températures. Après cette date, l’alimentation du narval a évolué vers des espèces pélagiques telles que le capelan ou le calmar. « L’accumulation de mercure dans les organismes aquatiques se produit principalement par l’apport alimentaire », confirme l’étude.


  • Pollution au mercure venue d’Asie

L’homme n’est pas étranger à l’augmentation de la présence de mercure chez le narval. Entre 1990 et 2000, bien que le cétacé ait modifié son alimentation, la présence du métal lourd dans son organisme avait peu évolué. Mais depuis une vingtaine d’années, le constat n’est plus le même. 

« À partir de 2000, la quantité de mercure a nettement augmenté dans les défenses de narval sans qu’il y ait de changement simultané dans l’alimentation », indiquent les chercheurs. Ces derniers attribuent la hausse des émissions de mercure à l’incinération de combustibles fossiles en Asie du Sud-Est.

Rune Dietz, coauteur de l’étude, alerte sur les dangers irréversibles que le mercure fait planer sur le narval. La licorne de mer « est l’un des mammifères arctiques les plus touchés par les changements climatiques. Il ne possède pas de fonctions physiologiques qui l’aideraient à éliminer les contaminants. Il ne peut pas se débarrasser du mercure en l’emprisonnant dans un pelage ou un plumage, comme les ours polaires, les phoques ou les oiseaux de mer », prévient le professeur au département de biosciences à l’Université d’Aarhus (Danemark).

Les chercheurs ont annoncé qu’ils continueraient leurs observations sur les défenses de narvals conservées par les musées. L’objectif sera d’en apprendre davantage sur la façon dont l’animal s’adapte à l’environnement changeant de l’Arctique.

Un article de Chaymaa Deb pour Natura Sciences 

Crédit photos : ©Paul Nicklen 



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