« Emprisonner » les animaux est cruel, qu'il s'agisse de tigres ou d'orques

21 mai 2020 - Par John Hargrove

Pour moi, travailler à SeaWorld c’était le métier de mes rêves.
Je suis tombé amoureux des orques lors d'un voyage en famille à SeaWorld quand j'étais enfant. En 1993, j'y ai obtenu un poste de stagiaire et j'ai gravi les échelons jusqu'au poste de soigneur senior, le grade le plus élevé au Shamu Stadium.


Pendant mes 14 ans de carrière, j'ai travaillé avec 20 orques dans trois parcs marins différents. Et c'est mon amour pour ces animaux qui m'a fait remettre ma démission après m'être posé la question primordiale : Est-ce que c'est une bonne chose de maintenir des orques, ou tout autre animal, en captivité pour le profit ?

Je me suis rendu compte que le fait de regarder les orques et les dauphins faire des tours ne fait rien pour promouvoir le respect dû à ces animaux, et contribue encore moins à leur survie dans la nature. Au contraire, cela glorifie la maltraitance et déshumanise ces animaux hautement intelligents.


J'aimais les orques plus que tout, mais j'ai finalement dû m'avouer que mon amour pour eux ne suffisait pas. Il est devenu évident que nous ne pourrions jamais répondre à leurs véritables besoins.

Pour les orques et les dauphins contraints de se produire à SeaWorld, pour les éléphants qui se préparent à recevoir un coup d’ankus (crochet) dans un cirque et pour les tigres exploités par des gens comme « Joe Exotic », c'est une voie sans issue.

Les animaux ne sont pas des participants volontaires ; ce sont des captifs qui obéissent ou qui ont faim (on m’a ordonné de restreindre la nourriture des orques qui refusaient de travailler - parfois jusqu'à deux tiers de leurs rations quotidiennes), qui se font attaquer, ou pire encore.


Au moins cinq tigres ont été abattus dans le zoo de « Joe Exotic ». Près de trois douzaines d'éléphants, dont cinq bébés, chez Ringling Bros. Plus de 40 orques - dont beaucoup de celles avec lesquelles je travaillais - ont péri dans les bassins exigus de SeaWorld. Ce n'est pas de la conservation. C'est un carnage.

Je ne regrette pas mes années passées à SeaWorld car si je n'avais pas eu cette carrière, je n'aurais jamais pu dénoncer cette entreprise en apportant mon témoignage direct issu de plus d'une décennie d'expérience pratique en tant que soigneur d'orques dans le documentaire Blackfish. 

J'ai également été un témoin expert à la fois pour le gouvernement fédéral et durant le débat sur la législation californienne qui protège désormais les orques détenues en captivité et a contraint SeaWorld à limiter fortement la façon dont ils les utilisent pour le « divertissement ».

Plus important encore, cette loi a obligé l'entreprise à mettre fin à son programme de reproduction et à la séparation des mères et de leurs petits.

Je n'oublierai jamais l'énorme quantité de médicaments que j'ai donnée chaque jour à tant d'orques, ni comment j'ai réussi à normaliser toutes les maladies qui les ont tuées prématurément pour pouvoir suivre la ligne de conduite de la compagnie. La propagande, répétée ad nauseam, « nos animaux reçoivent des soins vétérinaires de classe mondiale » et « nos animaux sont en bonne santé et prospères » est manifestement fausse.


Bien sûr, j'ai aussi perdu mon amie Dawn Brancheau. Comme si sa mort n'était pas assez traumatisante, ceux d'entre nous qui travaillaient avec elle et se souciaient d'elle ont dû écouter en silence la direction de SeaWorld qui a trouvé le moyen de la blâmer pour avoir été démembrée. Ils ont honteusement nié, sous serment, qu'ils savaient qu'il était dangereux pour les soigneurs de travailler à proximité des orques. Les juges fédéraux, l’un après l’autre, ont vu leurs mensonges.

Alors que la société a évolué et en sait plus sur le sujet, je suis heureux que tant de gens posent maintenant des questions importantes : Pourquoi ces animaux sont-ils en captivité ? Comment, exactement, les orques en captivité aident-ils à la préservation des orques sauvages ? Sont-ils simplement là pour le profit ?


Pour moi, aimer les orques signifiait partir et ne plus être complice de leurs abus et de leur exploitation. Pour que les animaux de toutes les espèces continuent à prospérer, il faut les protéger dans leur habitat naturel, et non les emprisonner pour le divertissement.

Note : John Hargrove est un ancien dresseur senior d'orques de SeaWorld et l'auteur à succès de Beneath the Surface dans lequel il parle de sa carrière de soigneur et de sa passion pour les orques. Dans ce livre, il décrit les conditions de vie horrible des orques captives.

Il a également travaillé au Marineland d’Antibes durant 11 ans, de 2001 à 2012 en tant que superviseur. Il était en charge de la formation des soigneurs et de la supervision des shows. En 2012 il décide de claquer la porte de Marineland, en désaccord avec les conditions de vie des animaux.

Depuis il est devenu un défenseur acharné pour la liberté des orques captives et ne cesse de dénoncer le fonctionnement des parcs marins.


En juillet 2015, il était, avec Ric O’Barry, aux côtés de l’association C’est Assez ! lors de la grande manifestation qui dénonçait la captivité des cétacés devant le Marineland d’Antibes.

Traduction : C'est assez ! 


Crédit photos : 
1 - ©Joshua C. Cruey (Orlando Sentinel)
2 - ©Melissa Hargrove
3 - ©Flickr/Tammy Lo Wikipedia 
4 - ©CFP Photo