Les orques, largement sous-estimées

par Shilpa Shah / Orca Guardians Iceland - 1er février 2018

Les dernières actualités concernant les orques m’ont laissée totalement perplexe. Il a été découvert que certaines d’entre elles étaient capables d’imiter le langage humain. J’aimerais expliquer ici en quoi cela n’a RIEN de nouveau.


Tout d’abord, des dauphins et d’autres animaux dotés d’un plus petit cerveau que les orques ont appris des mots humains (en anglais) dès les années 1970. Je ne pense pas que ce soit la première fois qu’une orque imite une voix humaine et je ne comprends pas en quoi cela serait une grande nouvelle.

Et en quoi cela serait-il une nouvelle en soi ?

Les orques sont des créatures INCROYABLES. Elles sont bien plus douées que la plupart des personnes n’oseraient l’imaginer. Elles sont les super-prédatrices des océans. Elles vivent dans les eaux du monde entier et adaptent leurs techniques de chasse aux proies disponibles, travaillant en équipe soudée pour pousser les harengs à former un banc compact avant de donner des coups de nageoire caudale pour les paralyser puis les manger un par un, ou encore venant s’échouer volontairement pour attraper un phoque dans les eaux peu profondes.


Elles utilisent toute une gamme de sons complexes (clics, sifflements, gémissements perçants) pour localiser leurs proies et communiquer entre elles. L’appel d’une orque peut rayonner sur 15 km, atteindre la terre et revenir à l’orque pour lui permettre de s’orienter le long de la côte. Une famille aura un code bien distinct, composé d’appels particuliers qu’elles utilisent entre elles et ces chants évoluent et se modifient au cours du temps. La chercheuse, écrivaine et activiste pour la justice environnementale Alexandra Morton a étudié les orques de Colombie Britannique et répertorié 62 codes (ou langages) distincts. 62 codes différents !

Les scientifiques intervenant dans l’actualité déclarent vouloir comprendre le rôle du mimétisme dans la manière dont les orques apprennent le langage. Nous savons déjà qu’au sein des communautés d’orques, l’apprentissage se fait via le mimétisme des adultes par les jeunes. C’est pourquoi les orques nées en captivité ne savent pas s’occuper de leurs bébés ou attraper des poissons vivants. Nous savons aussi que les orques sont créatives et aiment se déplacer en synchronicité, apparemment juste pour le plaisir. Elles se copient entre elles en instaurant des routines pour leurs déplacements et un mouvement particulier va devenir « à la mode » au sein d’un groupe jusqu’à ce que ce dernier en ait assez et en essaye un autre.


Sans parler de leur sagesse. Les anciennes légendes des Amérindiens mettent en avant la sagesse sacrée des orques. Ils croient que les orques détiennent la mémoire de notre planète et que leur chant soignera le monde entier. Pour les chercheurs passant beaucoup de temps à les observer, les orques sont dotées de capacités émotionnelles et empathiques que nous aurions peine à imaginer. 

Elles sont en avance sur notre espèce en ce qu’elles forment des sociétés saines et aimantes veillant au bien-être des jeunes et des plus faibles et attribuant à chacun un rôle important. Certaines personnes ayant observé les orques en mer et en captivité les croient capables de lire les pensées ou de deviner les intentions des humains : certaines sont apparues lorsque des personnes au large étaient en difficulté et les ont guidées vers la terre et ont même copié des actions auxquelles les personnes ne faisaient que penser sans passer à l’acte (et personne n’en parle ?!).

Tout ceci pour dire qu’imiter les mots « Hello » et « 1,2,3 », cela serait presque comme une blague pour une orque. S’en étonner serait comme féliciter Usain Bolt après l’avoir vu faire un petit jogging jusqu’à l’épicerie du coin pour acheter une brique de lait. Personne n’aime la condescendance. En faire toute une histoire dans les actualités montre à quel point notre espèce est narcissique et nous empêche de nous concentrer sur ce qui est vraiment important….


Ces études ont été menées sur une orque en captivité en France. On estime actuellement à 56 le nombre d’orques maintenues en captivité dans le monde. Comment justifier que des créatures sentientes dotées d’un tel niveau d’intelligence et d’une vie sociale et émotionnelle aussi riche soient toujours prisonnières de bassins en béton en 2018 ? Dans leur habitat naturel, les orques parcourent plus de 100 km par jour. Les membres de leurs familles et pods entretiennent des liens très étroits, le lien unissant la maman orque et son petit est considéré comme l’un des plus forts parmi toutes les espèces animales. Les orques sont faites pour rester et chasser en groupe. Retirer une orque de son pod détruit absolument tout cela.

Les orques captives présentent des comportements reflétant le deuil, l’ennui, la colère, la solitude, le traumatisme. Leur santé se détériore, la nageoire dorsale des mâles tombe sur le côté et elles sont gavées d’antibiotiques pour éviter les infections. Leur longévité est fortement diminuée : une étude (Ventre and Jett, 2015) a montré que les orques captives mourraient en moyenne dans les 6 ans. On estime que les orques sauvages vivent en moyenne jusqu’à 30 ans (pour les mâles) ou 50 ans (pour les femelles). Une orque femelle centenaire a même été observée.
Voilà ce qui devrait faire la une à propos des orques. Ainsi que des incitations et conseils pour éviter la pollution plastique, réduire la taille et le nombre des fermes piscicoles très polluantes et diminuer les émissions de gaz à effet de serre, afin d’arrêter de détruire leurs habitats.


Ici, la photo d’une orque s’approchant du bateau sur lequel j’ai travaillé l’année dernière en tant que bénévole pour la formidable association Orca Guardians Iceland. Je lui souhaite de ne jamais parler aucun langage humain. Il s’appelle Stormur et sa liberté n’a pas de prix.

Traduction : Sandrine Pantel pour C'est assez !

Crédit photos : Orca Guardians Iceland 

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