Une campagne choc veut lutter contre les parcs aquatiques

Angélique Négroni - Le Figaro - 16 juillet 2019

Une association lance une campagne d’affichage pour tenter d’accroître l’opposition aux delphinariums. Le choix des dates ne doit rien au hasard. C’est en cette période de forte affluence à Marineland, que l’association C’est Assez! a décidé d’agir pour tenter d’affaiblir le taux de fréquentation de ce célèbre centre aquatique des Alpes-Maritimes. 


À 25 kilomètres des bassins du parc marin installé à Antibes, cette structure associative qui défend le bien-être animal démarre une campagne de sensibilisation, comme le révèle Le Figaro. Dès ce jeudi et jusqu’au 31 juillet à Nice, puis du 8 au 21 août dans la même ville, plusieurs centaines de bus vont véhiculer des messages s’indignant du traitement réservé aux mammifères en captivité. 

Au-dessus d’une illustration où l’on voit orques et dauphins entassés dans une baignoire, habitants et touristes vont lire: «Pour nous, un divertissement éphémère, pour eux, une vie d’esclave et de souffrance. Changeons notre regard sur les delphinariums!». Du 15 au 22 août prochain, cette même action sera aussi déployée à Nantes, ville de Loire-Atlantique située à quelques encablures d’un autre centre marin: le delphinarium du parc Planète Sauvage. Au total: 280 bus vont ainsi être mobilisés.

Habituée à ce type d’action pour maintenir la pression sur le public et tenter d’accroître l’opposition à ces centres marins, C’est Assez! s’était déjà lancée dans une campagne identique. L’an passé et il y a deux ans aussi, ces mêmes militants avaient en effet inondé les couloirs du métro parisien d’affiches identiques. Pour cette nouvelle mobilisation, ils organisent par ailleurs plusieurs «Nuits debout» devant Marineland.


En parallèle, l’association attend toujours les suites de ses actions engagées devant la justice contre ce parc. En 2015, quelques mois après la terrible inondation du 3 octobre endeuillant la Côte d’Azur, une première plainte avait été déposée auprès du tribunal de grande instance de Grasse. Lors de ces intempéries qui avaient rempli les bassins d’eau boueuse, une orque avait péri. La faute à un système de filtration tombé en panne et non réparé, avait accusé l’association. Une mort provoquée par une torsion de l’intestin de l’animal, s’était défendu le centre aquatique, à nouveau mis en cause récemment.


Fin avril de cette année, une nouvelle plainte a en effet été déposée pour dénoncer les conditions de vie de plusieurs dauphins. Dans l’attente de la remise en état du bassin principal, les cétacés avaient été cloîtrés dans un espace d’à peine 400 m2 . Des conditions de vie s’apparentant à de la maltraitance, avait réagi la présidente de C’est Assez!, Christine Grandjean. Dernièrement, Me Alexandre Faro, le conseil de cette structure, a complété cette plainte d’un autre grief. «Il est fait obligation à ces établissements d’aménager une zone ombragée pour les cétacés. Ce qui n’est pas le cas à Antibes», dit-il.

«Les parcs marins travaillent de concert avec les scientifiques pour mieux protéger ces espèces.» 
Pascal Picot, directeur général de Marineland


Pris pour cible régulièrement par diverses associations, Marineland dit le regretter. «Ces militants se trompent de combat», affirme son directeur général, Pascal Picot. «Les parcs marins travaillent de concert avec les scientifiques pour mieux protéger ces espèces», dit-il en soulignant que les dauphins sont aujourd’hui bien plus menacés en milieu naturel. Leur capture accidentelle et mortelle par des bateaux de pêche a, d’ailleurs ce mois-ci, fait réagir plusieurs ONG. Celles-ci portent plainte contre plusieurs pays, dont la France, où 1 200 cétacés échoués ont été retrouvés sur la côte Atlantique cet hiver. Marineland indique justement travailler aujourd’hui avec le CNRS pour tenter de mettre fin à cette hécatombe.

Ce bras de fer permanent entre delphinariums et associations devrait rebondir en septembre prochain. Après l’été, le ministère de l’Environnement devrait annoncer une série de mesures portant sur le bien-être animal dans ces centres marins mais aussi dans les parcs zoologiques, les cirques ou encore dans les élevages de visons pour la production de fourrure. Après la tenue de plusieurs groupes de travail, une vingtaine de décisions sont attendues. Du côté des associations, on espère qu’un arrêté pris par Ségolène Royal, quand elle était à la tête de ce ministère sera exhumé. Annulé pour vice de procédure en janvier dernier, le texte annonçait la fin des delphinariums.

De son côté, Pascal Picot souhaite au contraire un texte pérennisant les centres marins. «Toutefois, les activités au sein de ces structures sont encadrées par un texte obsolète de 1981 et qui impose peu d’obligations. Il est temps que l’on ait des règles plus strictes», dit-il. Ce cadre réglementaire empêcherait, selon lui, les associations d’introduire des recours «sur tout et n’importe quoi».

Crédit photos : 
©L. Verdi 
©Jean-Christophe Magnenet/AFP





A la Une