dimanche 15 octobre 2017

Sauvetage des dernières vaquitas: un désastre annoncé?

Il en reste moins de 30 à l'heure actuelle: les vaquitas sont les mammifères marins les plus menacés d'extinction. Ces marsouins du golfe de Californie ont vu leur population décimée ces dernières années. En cause, la pêche au filet maillant de poissons totoaba dans leur habitat naturel. Ces poissons, eux aussi au bord de l'extinction, sont pêchés illégalement dans les eaux mexicaines et revendus à prix d'or par les cartels de la drogue à la Chine. Un marché noir qui rapporte et que le gouvernement mexicain peine à endiguer. Victimes collatérales, les vaquitas se retrouvent prisonnières de ces filets maillants qui font plusieurs dizaines de mètres de long. En 2015, il restait quelque 60 individus. En deux ans, leur population a été divisée par deux.

Les "vaquitas" ou marsouins du golfe de Californie sont au bord de l'extinction.
Malgré une interdiction totale de pêcher au filet maillant dans le golfe de Californie, le braconnage perdure et la situation est devenue très critique pour ces cétacés. Le gouvernement mexicain a donc mis en place un plan pour sauver les dernières vaquitas, qui consiste à les capturer pour les mettre "à l'abri". Un projet très risqué, de l'aveu même des experts qui travaillent dessus.  

En quoi consiste ce sauvetage?

Le 12 octobre dernier, la Marine américaine a envoyé quatre dauphins militaires dans le golfe de Californie afin que ceux-ci repèrent les marsouins. Dressés pour repérer les mines sous-marines, Splash, Fathom, Andrea et Katrina ont pour mission de détecter les timides cétacés et de les signaler afin que ces derniers soient capturés et transférés dans un sanctuaire. Cette opération devrait durer un mois et s'achever le 11 novembre.

Les quatre dauphins prêtés par l'armée américaine sont arrivés dans le golfe de Californie. Crédit photo: @RafaelPacchiano
L'enclos marin qui "accueillera" temporairement les vaquitas. Crédit photo: Kerry Coughlin / National Marine Mammal Foundation.  
Situé au large de San Felipe au Mexique, l'enclos marin devrait accueillir les vaquitas de façon temporaire. Sur terre, un bassin est également prévu pour protéger les marsouins durant l'hiver.

Pourquoi cette opération s'avère-t-elle risquée?

Tout d'abord, les marsouins du golfe de Californie sont des cétacés "timides". Le stress de la capture pourrait leur être fatal: aucune capture ne se fait sans violence.
La façon dont ils vont être repérés s'avère tout aussi périlleuse puisque dans la nature, les dauphins tursiops chassent et se nourrissent de marsouins. 
Ensuite, aucune vaquita n'a jamais été maintenue en captivité. Si l'expérience a déjà été tentée dans les années 50 avec une autre espèce de marsouins , des marsouins de Dall, elle s'est révélée infructueuse: tous les individus capturés sont rapidement morts en captivité. Cela ne présage rien de bon pour les vaquitas car nul ne sait si elles survivront en captivité.

Marsouin de Dall au Marineland of the Pacific (Canada) en 1956. Crédit photo: Stephen S. Leatherwood.
Autre source d'inquiétude, l'association Dolphin Freedom UK a rapporté cette semaine que lors d'une récente conférence sur le tourisme au Mexique, les propriétaires de delphinariums ont admis vouloir tirer profit de ces captures en permettant aux visiteurs de voir les vaquitas. Connaissant le caractère timoré des vaquitas, cette exposition pourrait leur causer davantage de stress, à condition qu'elles résistent jusque là... 

Enfin, le but étant de sauver l'espèce le temps de nettoyer la zone, on peut légitimement penser que le projet inclut de les inséminer artificiellement. Là encore, aucune expérience de ce type n'a été tentée sur ces marsouins et rien ne garantit que cela puisse aboutir à des naissances.

Pour toutes ces raisons, cette opération "de la dernière chance" s'annonce d'ores-et-déjà comme désastreuse. Alors que le gouvernement mexicain aurait pu investir plus massivement dans la lutte contre le braconnage et le retrait des filets maillants, il s'est engagé dans un programme risqué qui pourrait bien accélérer la disparition des cétacés les plus petits du monde.