vendredi 21 juillet 2017

Lettre Ouverte de Johanna au Parc Marineland

Parmi tous les messages que nous recevons, celui de Johanna nous a touché en plein coeur. Cette jeune femme passionnée par les cétacés ne dort plus depuis que le parc Marineland a déposé un recours contre l'arrêté du 6 mai 2017 sur les delphinariums. 
Elle a donc ressenti le besoin d'écrire une lettre ouverte pleine de sincérité au parc d'Antibes, qu'elle a souhaité partager avec nous. Nous la dévoilons ici, sans l'avoir retouchée, afin d'en conserver toute son authenticité. 

Mon vieil ami... Mon meilleur ennemi,
Je me permets de t’appeler de la sorte, car après tant de visites, de rencontres et d’apprentissages, je peux dire humblement que je te connais par cœur. Après m’avoir fait briller mes yeux, après m’avoir exalté, fait pleurer, fait sourire et rire, après toutes ces émotions que tu m’as donné, je veux te faire tomber. 
Nous pourrions te blâmer d’une multitude d’atrocités, mais il faut reconnaître que tu as fais naître en moi, et en de nombreux enfants, des vocations. Tu as contribué à me donner ce combat féroce pour la liberté et la préservation de toute forme de vie. Tu as beaucoup apporté au tourisme, à l’économie, aux personnes, et c’est bien là qu’est ton reproche. Tu as apporté tant à l’espèce dont tu fais partie, plutôt qu’à celle que tu détiens. Qu’à tu apporté de meilleur en ton sein que n’offrait leur milieu d’origine à ces créatures que tu gardes si fermement ? Tu ne serais capable de m’apporter une réponse différente que d’être (les pâles) représentants de leur espèce. A l’instar de ton enseigne, ils représentent bien malgré eux la cupidité humaine et la perversion à son paroxysme. Est-ce là l’évolution de Mon espèce ? Mettre à son service les autres sans considération réelle de leurs besoins? 
Alors oui, tu as donné quelque part, je dois l’admettre, un sens à ma vie. Notre dernière rencontre m’a donné le déclic. C’était il y a dix ans, pourtant je m’en rappelle comme si c’était hier. Défigurée par un accident avec mon chien, pas moins déterminée à plaider la cause animale si ce n’est plus, ma mère voulu combler ma peine sans imaginer une seule seconde ce qui allait se produire. J’allais enfin rencontrer et toucher du doigt cette bête sauvage si mystérieuse. Anxieuse, et terriblement honteuse de voir ce si beau cétacé apprivoisé en apparence faire le cirque pour nos gros ventres avides de démonstrations sordides, je me suis avancée. 

Lorsque ma main a touché son front lisse et que nos regards se sont croisés, il s’est passé quelque chose. La même chose, le même déclic, la même émotion que lorsque je suis venue me coller à la vitre, seule dans le lieu de spectacles des orques et que j’ai croisé une de tes vedettes, un de mes combats. Ces rencontres ne m’ont plus jamais quitté, jusqu’à m’obséder aujourd’hui où j’apprends que tu tentes de contrarier le nouvel arrêt, où j’apprends que tu tentes de t’acharner sur leur sort et le tien. Comment peux-tu oser ? Je sais désormais trop de ces bêtes pour me taire. 
Les priver de reproduction, bien qu’il s’agisse d’un besoin de l’espèce, ne sera jamais pire que ce que tu peux leur faire en les privant de kilomètres de nages et de sauts, en séparant pour l’organisation de tes bassins et spectacles, les liens sociaux qui se sont tissés entre les individus. Loin de l’anthropomorphisme, ces animaux sont comme toi, sociaux, bien que tu aies effacé cette facette de ton activité. Les animaux ont seulement des émotions, c’est bien là que nous nous en différencions. L’intelligence dont ils jouissent et sur laquelle tu puises est émotionnelle. Et bien que tu réfutes cette idée, les dauphins, orques et autres que tu aménages à ta guise souffrent. 
Cette souffrance je l’ai constatée morphologiquement et psychologiquement en observant puis ressentant tes bêtes. Alors elle est là ? Ton évolution ? User égocentriquement et cupidement par ton intelligence rationnelle, l’intelligence émotionnelle de ces belles créatures ? Le déclic qu’il y a eu quand j’étais enfant est que je me suis juré intérieurement et je lui ai juré de tout faire et d’être capable de tout pour le sortir de là, lui et les autres. 
Si je veux te faire tomber Marineland, c’est que je sais, et j’y travaille je te le jure, que des solutions sont possibles où aucun de nous ne serait perdant. Souhaitant comme toi puisque cela m’a touché, sensibiliser par leur présence, je me torture le crâne à trouver des tas de possibilités. Des solutions à envisager pour une meilleure cohésion car vivre en communion avec ces créatures tout en ayant la chance non infime de les côtoyer est possible. Mais tu ne peux plus les détenir. L’homme, dans ses nombreuses inventions, à forgé les espèces animales pour en faire des domestiques. Ainsi, les sauvages n’ont pas à prendre la place de domestiques en vase-clos avec tours et récompenses, et nous devons user de nos technologies pour développer des méthodes de rencontres plutôt que des moyens d’obtention.
Tu fais comme si tu ne les entendais pas, peut-être en raison de leurs cris ultrasoniques, inaudibles pour toi dans ces fréquences, tu me diras... Mais puisque certaines voix sont trop silencieuses pour toi et pour être entendues, j’agoniserai de la mienne pour les protéger, pardonne-moi, c’est plus fort que moi. Je leur ai dédié ma vie. Je m’excuse, mais n’aies crainte, loin de ta fermeture, la fête est finie. 
Johanna Domise, passionnée et dévouée à la cétologie.

 Si, comme Johanna, vous souhaitez le maintien de l'arrêté du 6 mai qui interdit la reproduction des cétacés captifs en France, signez notre pétition.